lundi 23 janvier 2012

Traumatisme hebdomadaire


L’EPS, au collège et au lycée, c’est quand même quelque chose. Personne n’en sort tout à fait indemne, et chacun en garde à sa façon un souvenir... impérissable. Pour certains, ces trois lettres évoquent des moments heureux, constitués d’incroyables performances sportives, de victoires successives lors des matchs de foot et de volley, ou encore de glorieuses remises de trophée lors des Olympiades Communales. Pour d’autres moins chanceux, elles ne sont que synonymes de longues heures de souffrance hebdomadaire, à courir le matin vêtue d’un simple sweat alors que la température extérieure frôle les - 5°, à monter à la corde devant tous, comme le ferait une bête de foire gesticulant sous les invectives humiliantes de son maître tyrannique – que l’on retrouve ici sous les traits du prof –, à toujours être l’une des dernières choisie dans une équipe car au final "c’est pas qu’on t’aime pas hein Claire, ne le prends pas personnellement... Mais nous on veut gagner".

Perspicace comme tu es, lecteur, tu l’auras deviné : je fais partie de la deuxième catégorie, celle des martyrs du basket, des écorchés vifs du saut de haie, des phobiques des agrès. Nous tous, victimes du sport, formons au fond une grande famille qui sait, face à l’adversité, faire preuve de solidarité inter membres. J’en suis certainement l’un des piliers les plus solides, devenue au fil des années un élément du décor, l’incarnation même de la réfractaire désespérée du cours d’EPS. Pourtant, une fois sortie du carcan scolaire, je n’ai pas peur de clamer haut et fort que j’aime le sport (enfin bon, sans excès non plus, faut pas déconner). Ou tout du moins, j’aime seulement quelques sports précis. J’aime par exemple sentir chaque membre de mon corps tendu dans l’effort que requiert la course à pied, malgré mon endurance assez médiocre ; j’aime entendre le son mat et vibrant de la balle de tennis lorsque je la frappe de toutes mes forces en dérapant sur la terre battue ; j’aime la sensation de l’eau chlorée clapotant doucement contre mes poignets lorsque j’enchaîne les longueurs brassées à la piscine ; et, plus que tout, j’aime distinguer la mine à la fois déconfite et renfermée de l’adversaire fraîchement vaincu. Mais alors, me direz-vous après avoir lu ce portrait idyllique, où est vraiment le problème ? Pourquoi ne suis-je pas l’une de ces filles excellant naturellement dans le moindre sport, encensée par une foule de mecs rendus euphoriques à cause du match en cours et dont les capacités de discernement ont été annihilées par leurs hormones grisées ?






L’origine probable de ce dégoût (blocage, ahah ?) remonte à des années, au moment où j’étais à l’école primaire. Je me rappelle encore de mon premier cours de gym, auquel je m’étais rendue en tant que conquérante, aussi fière même qu’une guerrière chevronnée. La désillusion fut cruelle lorsque je me rendis rapidement compte que j’étais totalement incapable d’exécuter correctement la moindre roulade, et encore moins de faire la roue ou l’équilibre, malgré les quatre années de danse que je totalisais déjà. Ma prof de l’époque, et je ne l’oublierai sans doute jamais, était une vieille fille frustrée aux manières rudes et dépourvues de pédagogie. Un jour, ne supportant plus de me voir rester tapie dans un coin de la salle, elle me prit par un bras et me plaça sans ménagement au centre du cercle formé par les autres enfants, m’ordonnant d’accomplir devant toute la petite assemblée les fameux exercices honnis. Évidemment, je ne parvins qu’à esquisser avec difficulté un semblant de galipette arrière et finis par m’effondrer en larmes devant elle, la suppliant de mettre un terme à cette humiliation publique. J’avais déjà l’art de la mesure, c’est sûr. Mais mon discours implorant ne suffit pas à l’attendrir, ne serait-ce qu’un petit peu, et elle se contenta de déverser à mon encontre une flopée de réflexions vexantes et abaissantes tandis que je poursuivais à contrecœur mon entraînement, sous les rires moqueurs des élèves. J’avais huit ans, et cette expérience suffit à me dégoûter à jamais de la gym, ainsi que de toute autre discipline y ayant trait.

La faute à qui que ces nombreux dégoûts du sport ? Comme pour toute autre matière scolaire, j’en conclus selon mon expérience qu’elle est souvent due aux méthodes enseignantes – aucune pédagogie, aucune douceur dans les approches proposées. Alors, justement, les profs d’EPS, parlons-en : à quoi servent-ils, à part à se promener tranquillou en jogging toute la journée sans jamais vraiment bouger leur cul? En bientôt six années de pérégrinations collégiennes et lycéennes, j’ai eu l’occasion d’analyser finement ce spécimen singulier dans son élément naturel qui, selon la saison, peut être le gymnase ou le terrain de sport. Et en bonne enquêtrice qui se respecte, votre fidèle reporter a également pu répertorier les espèces observées en trois catégories majeures :

Catégorie n°1 : j’ai nommé le psychorigide sadique. Celui-là, je vous en ai déjà exposé quelques traits de caractère lorsque j’ai abordé les raisons de ma virulence envers l’EPS. Je crois qu’on l’a tous déjà eu au moins une fois au cours de notre scolarité, ce prof aux méthodes douteuses, quasi dignes d’un camp de redressement. Le psychorigide ne parle pas aux élèves, il leur aboie dessus ; il ne sourit pas, il grince des dents ; il ne dit pas bonjour, il grogne. Cette espèce, je la connais particulièrement bien. Je m’en rappelle d’une, que j’avais eu en Sixième, qui s’était engueulée avec ma mère au mois de septembre lors d’une réunion en présence d’une trentaine de parents, et me l’avait fait payer tout au long de l’année en m’infligeant des heures de colle mensuelles durant lesquelles j’étais censée pondre des essais sur les vertus du sport collectif. Décidément, j’aurais vécu de sacrées expériences en EPS, pourrai-je raconter dans quelques années à mes arrières petits-enfants, en caressant ma longue barbe blanche de vieux sage dont l’expérience ne serait plus à prouver.

Catégorie n°2 : j’ai nommé le macho. L’archétype même du mec aux yeux de qui toute personne dépourvue du membre viril suprême n’est pas digne d’intérêt et qui, par conséquent, n’a pas de raison valable d’exister. Particulièrement insupportable, le macho aime à se la péter dès qu’il en a l’occasion. Il adore arriver chaque matin au lycée sur sa moto peinte en noir brillant, où il en profite au passage pour se la jouer djeun’s en discutant mécanique avec les mâles de Terminale S. Ce spécimen-ci aime tout particulièrement avoir affaire aux classes d’élite, constituées au choix soit par des élèves de sport-étude, soit par des élèves de S (le must étant évidemment d’avoir les deux réunis). Le reste de la population lycéenne, "la plèbe", ainsi qu’il l’appelle avec morgue, n’est donc voué qu’à l’échec le plus cuisant. Avec le macho, vous avez connu les heures de sport les plus ardues de votre courte vie : rugby, saut de haie et course d’orientation dans la forêt ont été l’objet de vos cauchemars dix mois durant. Plein de bonne volonté, vous vous êtes efforcé de donner le meilleur de vous-même, et pourtant c’est dans ses cours que vous avez récolté vos notes les plus miteuses. Comprenez : si vous êtes une fille, et que vous faites partie de la plèbe, ben... Y a plus rien à faire pour vous.

Catégorie n°3 : j’ai nommé le pervers. Figure récurrente de l’équipe éducative, le pervers, comme son nom l’indique, c’est l’agité du slip du lycée, le DSK en chaleur version prof d’EPS, celui qu’on voit toujours en train de draguer tout sourire la surveillante de la cantine, la petite prof d’histoire récemment débarquée, ou encore la responsable d’internat. Il n’est fondamentalement pas méchant, c’est même plutôt une bonne pâte, et, au contraire de son collège précédent, si vous êtes une fille, vous partez déjà avec une note minimale assurée de 12. Après, c’est que du bonus, bien sûr : tout dépend si vous êtes plus ou moins à son goût. Vous voulez obtenir un bon 18 et vous avez des attributs conséquents – en d’autres termes, vous êtes ce qu’il préfère, une poufiasse blonde décolorée ? Venez habillée d’un débardeur transparent et échancré dévoilant subtilement les bretelles de votre soutif le jour de l’évaluation finale. Vous n’êtes pas une poufiasse blonde décolorée ? Essayez quand même, il apprécie la diversité. Bon, si vous n’êtes pas une fille, je peux toujours vous conseiller de tenter aussi votre chance... (Après tout, on sait jamais, il est peut-être dans les deux camps à la fois, hein.)

Yummy yummy 

Si vous avez connu comme moi ces trois spécimens particuliers de profs -  et que vous en êtes ressortis tout autant dégoûtés -, rassurez-vous : vous n’êtes pas seuls dans votre résistance acharnée. Un jour, nous, les opprimés sportifs du système scolaire, nous insurgerons et renverserons les responsables de cette tyrannie de l’effort et de la compétition à tout prix ! *applaudissements de la foule en délire* (ohh ça va toi, arrête de ricaner derrière ton écran, t’as jamais été un peu mégalo peut-être ?) Mes chers concitoyens, pour conclure, je vous promets qu’un jour, si je suis élue Présidente, j’abolirai l’EPS obligatoire des programmes, et libérerai ainsi toute une génération d’élèves de cette torture hebdomadaire. Et je vous le promets également : je n’instaurerai certainement pas un système à l’allemande où l’on fait cours le matin et sport l’après-midi. Dans le pire des cas, si un tel dispositif venait à se généraliser en France avant mon quinquennat annoncé, ma seule et maigre consolation serait de savoir que ce ne serait mis en place qu’une fois que j’aurais quitté le lycée. Oui, je sais... Je suis définitivement égoïste et mauvaise dans cette affaire.

vendredi 20 janvier 2012

Retour à la réalité

Si par hasard vous vous le demandiez, non, je ne suis pas morte. Pas encore. J’essaie juste de survivre à la cambrousse lycéenne et n’ai pas franchement eu l’envie d’écrire. En fait, je me contente de translater quotidiennement ma carcasse du point A – mon appart’ – au point B – le lycée –. Le schéma est simple. Voilà à peu près en quoi s’est résumé mon état d’esprit de ces trois derniers jours.
Pardonnez-moi d’avance ce nouvel accès de narcissisme et d’égocentrisme, mais j’ai littéralement passé une semaine pourrie. Il n’y aura donc ni envolées lyriques ni artefacts inspirés aujourd’hui, et je me contenterai simplement d’énumérer quelques faits... sans réelle transition logique (en d’autres termes, je vais vous raconter ma p’tite vie, je sens que ça vous avait manqué les cocos!). 

L’euphorie post jour de l’an s’est vite envolée et l’apathie scolaire a comme toujours repris le dessus depuis la rentrée. Plus que jamais, je me suis demandée ce que je faisais en cours d’éco, à dessiner des palmiers sur ma feuille tandis que les autres élèves s’excitaient joyeusement sur leur calculette à déterminer des taux d’évolutions (une activité, comme chacun le sait, ô combien fascinante et enrichissante). Mais peut-être que je ne fais pas assez d’efforts, ou que je suis trop capricieuse, que je me prends trop la tête?... En tout cas, découragée, déçue par certains de mes cours, j’ai quand même envisagé – sur un coup de tête – de changer de section pour aller en L. Éventualité qui, bien sûr, a été refusée d’un bloc par la coordonnatrice quand j’ai filé la voir l’autre jour, aussitôt après avoir eu the révélation littéraire.
"Puis-je vous demander les raisons de votre choix, jeune fille?" s’est-elle simplement enquise à peine avais-je terminé de lui exposer mon cas.
"Eh bien... Je pensais l’avoir dit clairement... Mais je ne m’épanouis plus actuellement dans ce que je fais."
"Peu importe. Vous ne pouvez pas passer directement en Terminale sans avoir suivie la Première adéquate. C’est simple : soit vous redoublez en L, soit vous continuez dans votre filière. Puis ce serait dommage de changer à ce stade, vu les résultats que vous obtenez dans les matières que vous incriminez, qui présagent réellement d’un avenir prometteur... "
Et blablabla... Euh mais bien sûr, tu te foutrais pas un peu de ma gueule là? Tu crois vraiment que je vais me farcir une autre Première? Une me suffira amplement je pense!




Au final, vous l’aurez compris ; je dois me faire à ma situation, j’ai pas le choix. Et j’espère que je saurai retrouver un peu plus de motivation dans les jours qui viennent. Que je retrouverai l’envie et le goût d’apprendre. Que je retrouverai chaque matin la volonté de me lever en me disant : "mais c’est génial Claire, aujourd’hui tu as trois heures d’histoire de l’art, et deux heures de littérature italienne! Et en plus tu finis à 15h, tu pourras aller traîner dans le parc avec tes potes tu pourras t’avancer pour la semaine!"

Non, quand je me réveille le matin, l’une des premières choses qui me vient fréquemment à l’esprit est : "merde, t’as pas fiché Le Monde Éco, faudra que t’y sacrifies ta récré... Pff en plus deux heures de maths cet aprem, et espagnol avancé jusqu’à 18h30... Tu devrais sécher ma vieille... Vivement l’week-end quoi"
Et de me retrouver une heure et demie plus tard, en classe, prise d’une envie furieuse de m’allonger sur ma table. Je me contente de fermer discrètement les yeux dès que la prof commence à expliquer les subtilités des politiques conjoncturelles avant d’évoquer la menace latente des déséquilibres macroéconomiques. Sa voix nasillarde se mue peu à peu en un bruit de fond paisible, de plus en plus ténu au fil des minutes. Le bruit se fera bourdonnement, et, comme une berceuse, finira inéluctablement par m’endormir.
La journée s’achèvera enfin par la remise tant attendue des copies du bac blanc de maths, pour lequel je réclame, mesdames et messieurs, vos applaudissements, puisque j’ai réussi à culminer à la note astronomique de... 5,5/20. Ça fait mal. En découvrant les deux petits chiffres furieusement tracés sur l’en-tête, et le reste de ma feuille criblé d’encre rouge, c’est idiot mais une boule est restée coincée dans ma gorge. J’entendais les murmures naître dans la classe, la stupéfaction générale poindre : "quoi?! Claire a foiré ? Tu meeeens! Je te crois paaas!" Je reste digne jusqu’à la fin, sauve les apparences, et, ignorant les interpellations des autres, me réfugie aux toilettes dès que la sonnerie salvatrice retentit. Quelques larmes timides, retenues durant toute l’heure, finissent par couler. Je les balaie immédiatement d’un geste rageur. Pleurer est un acte que je répudie ; pleurer, c’est pour les faibles. Je ne peux cependant pas m’empêcher de repenser sarcastiquement à ce que m’aura dit plus tôt la coordinatrice : "les résultats que vous obtenez dans les matières que vous incriminez présagent réellement d’un avenir prometteur". Prometteur. Oui, c’est sûrement le mot. Mais cet avenir, pour l’instant, il ne me donne pas envie.

Motivation, motivation, motivation.

C’est quoi déjà ce mot-là?

dimanche 1 janvier 2012

Nouvelle année, nouveau départ

En ce 1er janvier je vais faire dans l'originalité et souhaite à tous ceux qui passeraient ici une excellente année 2012 qui déchire sa mère. J'espère que vous avez pas trop fait de folies hier soir et que vous n'étiez pas ce matin totalement hors service... (non, bien sûr que non! )








Personnellement j'ai décidé de ne plus prendre de bonnes résolutions, parce que de toute façon je choisis toujours des trucs utopiques (du genre "faire un footing chaque matin" ou "faire mes devoirs en temps et en heure", ahahah), que je tiens au maximum quinze jours. Donc j'arrête les listes à la Bridget Jones et ça ira très bien comme ça.

Pour conclure cet article un peu inutile (et parce que je suis de bonne humeur, c'est dire !) je vous souhaite encore une fois les trucs classiques, plein de bonheur, de réussite à vos examens, au bac, aux concours, etc. Puis comme les Mayas nous ont prédit qu'on crèverait tous comme des mouches le 21 décembre, profitez-en les jeunes. (moi je veux pas mourrrrir à 17 ans, j'aurais même pas eu mon bac, z'imaginez la frustration ? Toutes ces années d'études pour rien !)

vendredi 30 décembre 2011

Comme un radeau sur l'océan


Même si beaucoup ne trouvent plus vraiment de sens à cette fête, les vacances de Noël restent à coup sûr la meilleure occasion de retrouver un point d’ancrage fondamentalement apaisant. Il faut donc s’emparer sans tarder de cette occasion qui nous est offerte et nous y accrocher de notre mieux - un naufragé abîmé en plein océan suivrait la même logique en tentant de s’accrocher à son radeau. Peu importe le dérisoire de la situation, s’il est bien une qualité qui prime c’est la persévérance.

Et il semble parfois plus doux de le rejoindre, ce radeau-refuge, pour souffler provisoirement face aux flots déchaînés. Je passe toujours quelques jours chez mes grands-parents avant les fêtes, et j’éprouve à chaque venue la même sensation singulière de plonger tête la première dans une écume moussante d’images, de couleurs et d’odeurs, d’évocations autrefois familières mais aujourd’hui refoulées. J’ai effectivement le souvenir, diffus, de nombreuses journées occupées à cavaler dans cette vieille demeure de briques écarlates à l’aura teintée d’un mystère poussiéreux. Enfant, j’avais la sensation exaltante de ne jamais y avoir découvert tout ce qu’il y avait à y découvrir ; j’arpentais sans répit chaque recoin de la bâtisse dans l’espoir de dénicher un trésor perdu ou gardé par un monstre fantasmagorique. Ce jeu prenait l’allure d’une épopée fantastique, d’une errance inextricable, mais c’était surtout tellement fabuleux que je souris encore maintenant doucement à la pensée du moi intrépide de mes six ans. Par jeu, par nostalgie de cette période insouciante ; je ne sais pas trop pourquoi je souris en vérité.





C’est à tout ça que je réfléchis lors du trajet jusqu’à la maison des aïeuls. Le voyage est propice à la rêverie, front appuyé contre la vitre buée et yeux mi-clos, tandis que la voiture roule à toute vitesse dans la forêt. Les paysages défilent inlassablement au rythme des chansons de Massive Attack. Il n’y a qu’à l’approche de l’arrivée que je me réveille un tant soit peu, que je prends le temps de regarder autour de moi. J’ai déjà posé un pied dans le passé lorsque je franchis enfin le vieux portail de bois familier clôturant la propriété puis émerge de la Clio. Souriants, mes grands-parents m’attendent tous deux sur le seuil de la maison, leurs frêles silhouettes se découpant dans un halo de lumière hivernal. Ils me dévisagent, m’effleurent, tentent de fixer à nouveau mes traits dans leur mémoire ; leurs étreintes se veulent chaleureuses malgré la rudesse confuse de leurs bras. La conversation s’engage, maladroite et un peu absurde, car une fois passées les embrassades de rigueur on ne sait plus vraiment quoi se dire.

"Claiiire, enfin te voilâââ, tu nous âââs manquée tu sais, tu devrais venir plus souvent!" s’exclame mon grand-père de son ton traînant aux intonations snobs.
"Tu sais bien que je n’ai pas toujours le temps... J’ai déjà du mal à avoir des moments libres dans la semaine, j’y peux rien malheureusement"
"Je comprends, mais peu importe, tu es âââvec nous maintenant, c’est ce qui compte. Comment vâââs-tu? "
"Bien et vous deux ?"
"Oh oui, ton grand-père est en pleine forme, et moi aussi", répond alors immanquablement ma grand-mère la voix empreinte d’émotion.
"Tant mieux alors... !"
"Oui, on peut dire ça comme ça... Sale temps sinon n’est-ce pas ?"
"Mmh... Grisâtre comme d’habitude quoi..." 


Une fois la (pénible) comédie des retrouvailles achevée – je n’ai jamais aimé les effusions de sentiments –, je me retire dans la chambre de mon enfance, qui m’est assignée pour l’occasion. Bien qu’elle serve aujourd’hui de chambre d’amis et que la décoration ait totalement été refaite depuis mon départ, j’éprouve un sentiment étrange à me retrouver ainsi seule dans cette petite pièce baignée de lumière mais privée de chaleur. L’endroit est morne et ne conserve comme seuls vestiges du passé que quelques photos de famille trônant fièrement sur les murs et les étagères.





Alors les souvenirs montent, puis refluent. En observant les différents clichés, je souris, cette fois un peu ironiquement à la vue de l’image parfaitement idyllique qu’ils semblent renvoyer. On m’y voit notamment à plusieurs reprises, en train de tester de nouvelles activités aux clubs de cinéma, de théâtre, de dessin, de tennis, ou encore de danse dont me bourrait mon grand-père malgré ma réticence... Mes chers géniteurs étant continuellement débordés par leur travail, ils reléguèrent rapidement aux grands-parents le soin de me garder la semaine ; c’était tellement plus simple. Je passai donc la majeure partie de mes premières années ici, élevée selon des préceptes ambigus, tantôt rigoristes tantôt originaux. Je baignai très tôt dans un environnement créatif destiné à éveiller en moi une (pseudo) vocation artistique. Ambition ratée puisque ces directives ne me convenaient pas tant que ça, et  que les séjours se soldaient fréquemment par des cris et des pleurs...

Aujourd’hui j’ai séché mes larmes et y retourne volontiers. Je réalise que je dois beaucoup à mes grands-parents. Bien que je sois en deçà de leurs espérances, j’aime l’art, le cinéma, et tous ces machins-là. Mais j’ai du mal à reconnaître en ce lieu triste la maison bouillonnante des disputes d’antan et où l’ambiance était souvent pesante, si accablante. Tout a changé depuis mon départ, et le passé semble s’effacer, inéluctablement. Seuls les souvenirs restent présents. La première nuit, allongée dans ces couvertures à l’odeur bien connue, je serre presque brutalement le vieux chat ronronnant contre moi, comme une enfant serrerait sa peluche préférée contre elle. J’enfouis mon visage dans la masse de ses poils blancs et lisses et médite. Pas de déprime, non, mais juste de la réflexion. Vaut-il mieux se jeter dans les flots de l’océan, à ses risques et périls, ou persister à demeurer sur son radeau, coupé et protégé de la réalité ? Je me le demande alors bien... Et je repartirai comme toujours, quelques jours plus tard, l’esprit mélancolique et embrumé des anciens repères, sans jamais m’arrêter toutefois. En revanche je crois que j’ai cette fois trouvé la réponse à ma question.

samedi 17 décembre 2011

Hello holidays

Aujourd’hui, c’est officiellement le début des vacances, de deux semaines bénies où il sera enfin possible de ne pas se rendre au lycée pour une quelconque raison et où (presque) tous les excès seront permis pendant les fêtes. Ô joie, ô bonheur, sortez la tequila le champagne !

Ces vacances n'ont pourtant pas commencé aussi sereinement que je l’avais escompté. Le problème en fait, c’est que mon inconscient n’avait pas assimilé l’information. Je lui dois un réveil affolé ce matin vers 8h30, les yeux encore gonflés de sommeil et les cheveux en bataille. Les pensées se bousculaient de manière incohérente dans ma tête bourdonnante.
"Je vais trop être en retard, merdeeee ! Faut vraiment que je me bouge, tant pis pour le petit déj’ ! Mais comment je vais faire pour trouver un bus à cette heure-ci ? Puis avec la tempête le trafic est peut-être suspendu ! Faut que j’aille à la gare... Ou sinon je sèche toute la journée... ? Non, non... Ça va être encore pire de ne pas y aller du tout !"
A la fois hagarde et atterrée, j’imaginais déjà la CPE, métamorphosée pour l’occasion en diablesse, m’attendant de pied ferme devant le lycée, un fouet dans une main et une fourche dans l’autre, la bouche tordue en un rictus des plus sadiques. C’est qu’on commence à être copines, nous deux.






"Mademoiselle... Encore en retard pour la SIXIÈME fois du trimestre, gronderait-elle d’un ton doucereux et faussement affligé. C’est réellement du foutage de gueule, jeune fille, vous outrecuidez les limites de la bienséance... Tenez, vous allez tâter un peu de mon fouet ; ça vous apprendra la ponctualité. Depuis le temps que ça vous pend au nez !"   

M’efforçant de chasser de mon esprit cette vision cauchemardesque malsaine, je me ruais hors de mon lit pour m’habiller rapidement. Mes yeux tombèrent alors sur mon portable resté allumé depuis la veille. Les petites lettres clignotantes de la fenêtre principale y indiquaient l’événement suivant : "Samedi 17 décembre : début des vacances". Déconcertée, je m’obligeai à réfléchir lucidement quelques instants.
"Et je dois aller où en fait... J’ai quoi à faire ? 
... Euuh oui, j’ai cours de quoi ?!...
Mais je rêve, j’ai oublié ce que j’avais à faire au lycée... Concentre-toi... Tu n’avais pas deux heures de français là ?"
Les battements précipités de mon cœur se calmèrent progressivement lorsque je réalisai que nous étions bel et bien samedi, et que les quinze prochaines journées n’étaient dédiées qu’à l’accomplissement de mes caprices et volontés. L’heureuse abrutie que je suis retourna donc se coucher.






Et c’est une fois ré-allongée dans mon lit, bercée par le crépitement doux et cristallin de la pluie battant le carreau en salves ponctuelles, que je m’occupe maintenant de me reconnecter à cette trame du temps qu’il est si agréable d’occulter... Je remets de l’ordre dans mes pensées et concilie hier à aujourd'hui, aujourd'hui à demain. Avec pour fond sonore les notes planantes d’Alibi de Thirty Seconds To Mars, je ferme les yeux cinq, dix, quinze minutes... J’ai le temps, après tout. Deux semaines. Deux semaines de paradis que je compte occuper du mieux que je peux afin d’accueillir la naissance du p’tit Jésus dans l’allégresse.

Lire. Écrire. Dessiner des paysages exotiques. Rêvasser. Sillonner les artères commerçantes de Paris. M’émerveiller devant les illuminations. Regarder série sur série. Veiller jusqu’à pas d’heure. Me laisser aller à la fièvre compulsionnelle des achats de Noël. Revoir des copains d’enfance. Découvrir de nouveaux groupes de musique que personne ne connaît. Me ressourcer en famille. Aller au cinéma. Renouer des amitiés perdues. Me rendre à des fêtes. Oublier les tracas du quotidien.

... Et puis travailler aussi, parce que y a quand même beaucoup à faire avec les révisions du bac blanc d’histoire-géo, la rédaction du TPE, les fiches à synthétiser pour l’oral blanc de français et tous les autres devoirs sympathiques...
Mais alors c’est tout en dernier dans ma liste.
En tout cas, bonnes vacances à vous tous ! :D

mercredi 30 novembre 2011

Lectures nocturnes

Il y a certains livres qui vous marquent comme ça, de façon fortuite mais indélébile. On les commence sceptique et on les termine en un temps record, des étoiles plein les yeux et complètement convaincu par les propos de l'auteur.




Ce qui me plaît en l'occurrence chez Schmitt, c'est la fluidité et la modernité de ses dialogues ; sa ré-interprétation osée et tout en contraste du mythe de Don Juan dans La Nuit de Valognes. Hormis les personnages des ex amantes très classiques, on sent la pression croissante et le duel intérieur qui agite le héros dans sa quête de la rédemption, comme s'il cherchait à se dépasser lui-même pour au final renaître de ses cendres en trouvant le pardon et l'amour. Je me suis toujours un peu retrouvée en ce genre de personnage (trop) torturé...

"LA COMTESSE. - Lorsque tu es parti, je ne me suis pas mouchée, non, j'ai réfléchi, puis j'ai appris, règle par règle, ton catéchisme. J'ai appris qu'en amour il n'y avait pas d'amour, mais des vainqueurs et des vaincus... J'ai appris que la victoire n'avait d'autre but que la victoire, et qu'il n'y avait pas d'après... J'ai appris que le plaisir est fade s'il n'a pas le goût du mal, que la caresse toujours préfigure la gifle et le baiser ébauche la morsure..."

Eric-Emmanuel Schmitt


Tous ces livres, ils sont nombreux à m'avoir touchée et invitée à la réflexion. Ils ont en partie contribué à me forger ma propre vision du monde, m'ont fait voyager à travers les continents, les siècles, les personnalités... Alors pourquoi si peu de gens aiment lire maintenant ? Certes je ne suis pas en L mais même pour la majorité de mes amis, lire est une pure perte de temps. "Le temps, c'est de l'argent" : j'ai l'impression que la lecture est une activité complètement ringarde à leurs yeux. Forcément, c'est non productif de se plonger dans un bouquin. Puis c'est tellement plus simple de se poser devant sa télé à la place...
J'ai parfois l'impression de faire tache dans ma classe de futurs commerciaux.


Mais je dois assumer mes choix et mes goûts maintenant.

jeudi 24 novembre 2011

Complaintes


C'est finalement déconcertant d'écrire sur soi. A regarder les blogs des autres, ça a l'air si facile, si naturel. Au moment de se lancer, c'est une toute autre affaire. J'aurais aimé pouvoir être capable de poster chaque jour ou presque, mais ce n'est pas le cas. Peut-être l'ai-je toujours su au fond de moi: je n'ai pas une rigueur de l'écriture suffisante. A chaque fois que je manque d'inspiration, je me lance à tout va, tape quelques mots au hasard, puis m'arrête. Mes yeux fixent bêtement l'écran, mes doigts hésitent, avant d'enfoncer frénétiquement la touche "effacer" de mon clavier. Je trépigne, soupire d'impatience... avant de capituler, agacée de ne pas avoir trouvé un début satisfaisant à mon texte. J'ai beau me répéter "concentre-toi, arrête de t'éparpiller", rien à faire. Je n'ai, ça se trouve, tout simplement rien de bien intéressant à raconter. Ça ne vient pas. D'habitude, pourtant, c'est tout le contraire ! On ne m'arrête plus... Je peux déblatérer sans problème sur tout et n'importe quoi (ahah je plains mes amis qui me supportent toute la journée) (mais bon, on m'changera pas)...


Je traverse en ce moment une période assez difficile, en pleine remise en question d'orientation. Je ne sais plus trop où j'en suis, je n'ai même plus envie d'aller en cours, ça me motive plus. Je me demande constamment: pourquoi bosser ? A quoi ça me sert de connaître la différence entre taux d'escompte et de réescompte et toutes ces notions de finance maudites ? Pour couronner le tout, mon meilleur ami ne veut plus me voir. C'est compliqué, mais en gros on peut résumer comme ça: j'ai été horrible avec lui, je lui ai (involontairement) pourri la vie et je m'en veux terriblement. Je ne sais pas comment me faire pardonner. Toutes mes tentatives de réconciliation sont restées lettres mortes. J'aurais pourtant tellement besoin de son soutien en ce moment, s'il savait. C'est fou ce qu'on peut s'attacher à des gens des fois ; on a comme besoin d'eux.


Mais le plus incroyable dans l'histoire, c'est que sur le plan scolaire tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. J'ai des bêtes de notes sans me fouler, je bosse tout à fait superficiellement mais l'ensemble de mes profs me félicite déjà pour mon sérieux et "mon grand travail"... Ah ! La blague ! Ma prof d'éco me dit qu'elle me verrait bien à Sciences Po, mon prof de maths me parle écoles de commerce et hypokhâgne BL, ma prof de français imagine pour moi quelque grande carrière littéraire (rien que ça... Quelle modestie sérieusement !). J'ai l'impression d'être revenue en seconde où chaque prof faisait de la pub pour sa filière. Non, à part ça, on ne me met pas trop la pression. Merde, quoi, avoir eu 18 au bac blanc de français ne fait pas de moi un pur génie comme le pensent nombre de mes camarades qui me regardent comme un OVNI maintenant. J'ai eu une grosse part de chance aussi et c'est non négligeable ça.
Bon, il est déjà 23h, j'en ai marre, j'arrête de jouer l'égocentrique et j'vais lire au lieu de pondre des articles inutiles et de raconter ma vie.