Je ne serai donc pas SDF à la rentrée prochaine.
jeudi 13 juin 2013
jeudi 23 mai 2013
Ce mercredi-là
Je
me souviens d’eux, dans le bus ; sur les sièges du fond. L’une debout,
l’autre assis. Même tête de consanguins, même vêtements super classieux, même
ton de connivence entendue et d’accord implicite. Je m’en souviens ;
j’étais là, à côté de lui, et, tête baissée et mains posées sur mes genoux, je
les écoutais parler, le regard oscillant du pull en cachemire de la fille aux
mocassins marrons de mon voisin. Je frôlais à ce moment-là ce monde bourgeois
auquel je n’appartiendrai jamais, je touchais du doigt cette bulle dorée, celle
qui d’ordinaire est censée faire rêver mais qui me laissait juste morne et dépourvue
d’envie à son égard, et puis je rêvassais, en fait, comme si j’étais seule,
comme si une paroi de verre se trouvait entre eux et moi et que leurs voix
étouffées me parvenaient en décalé depuis l’autre côté. Ils disaient qu’ils se
verraient cet été, qu’ils se retrouveraient dans leurs immenses propriétés
respectives en Normandie et puis à Nîmes. Ils disaient à quel point ce serait
génial, ils s’enthousiasmaient, la voix curieusement posée comme ils l’ont tous,
évoquant leurs connaissances communes rencontrées lors de rallyes et de dîners
mondains. Je n’existais plus, à ce moment-là. C’était étrange, je crois, mais
j’ai surtout réalisé que pour eux, quels que soient mes efforts présents et
quoi qu’ils deviennent à l’avenir, je ne méritais pas la moindre foutue
considération et ne la mériterai jamais. Tout ce à quoi j’aurai droit, c’est à un
mépris sourd et latent dissimulé derrière l’artifice plaisant de grands
sourires hypocrites et condescendants. Alors je me suis demandé si je faisais
les bons choix pour l’année prochaine, et tout en détournant le regard, j’ai
augmenté le volume de ma musique jusqu’à m’en faire sauter les tympans.
samedi 23 mars 2013
Hold your breath and count to ten
Dans
le fond, je suis quelqu’un de profondément instable. Colérique, lunatique, déconcertante mais
paraît-il tout de même, pour relever le niveau, m’ont dit L. et M. le jour dernier, "attachante malgré
tout". La belle ironie. J’ai ri et en ai gardé la trace, ce matin-là ;
la trace de ce sourire insolent qui, bien qu’aujourd’hui fugace, flotte encore
sur mes lèvres colorées de rouge vermeil, ricanant volontiers de l’attribution à
ma petite personne dudit adjectif. Je n’ai rien d’attachant, je suis chiante. L’hiver, je suis un ours en hibernation ; l’amorphe en moi prend le
dessus et même ma belle verve, l’enfoirée, la seule qui me sauve, a cette année
pris congé depuis janvier, période à laquelle j’ai par souci pratique commencé
à m’éviter, à éviter tout face à face prolongé avec moi-même. Ecrire
m’obligeant à l’introspection et la chose me donnant un tournis infernal, il me
fallut choisir entre bien-être mental et lucidité douloureuse ; et, comme vous l’aurez compris, j’ai choisi
le premier, la solution de facilité : cesser de me poser des questions. Ainsi,
si j’ai hésité à revenir ici, c’est par peur, une indicible peur de moi-même et
de l’analyse que je pourrais tirer de mon examen de conscience – celui-ci n’est
pas joli. Si j’en venais à toujours remettre en question mes actions, étant
loin d’avoir de grands principes moraux, autant dire que je n’en serais
peut-être pas fière.
Toutefois
je change. En bien ou mal je ne saurais dire mais je me rends compte de quelque chose, parfois, le soir,
allongée sur mon lit, le regard vague, tressant machinalement les pointes de
mes cheveux en tresses fines. Le cerveau en ébullition je compare telle ou
telle action à une autre de mon fait ; j’estime, je jauge, j’évalue ;
et si des fois il m’arrive d’être fière, d’autres fois je ne peux que me rouler
sur moi-même pour, à petits feux, mourir dans la honte – chose préférable à
toute autre, si l’on veut.
Et
dans tout ça il me reste trois mois de lycée. Malgré tous les profs nous
rappelant à grand renfort de cris et autres prestations théâtrales l’échéance
critique du "baccâââlauréat, bon sang !", je ne l’ai pas encore
le moins du monde réalisé : dans ma tête j’ai l’impression que je resterai
toujours quelque part l’idéaliste de mes dix-sept ans perpétuellement prête à refaire
le monde. Mais en septembre je pars de chez moi. La vie adulte m’excite comme
elle m’effraie et, je l’admets, me révulse un peu. Peut-être est-ce d’ailleurs
pour ça que je laisse traîner en longueur les formalités administratives, des
lettres de motivation aux bulletins à photocopier en passant par les formations
à saisir sur APB sur lequel je me suis dès lors retrouvée mercredi soir, à
23h30, soit à une demi-heure de la clôture du site, découvrant mains moites que
la bête ramait sec par intermittences. Tout en actualisant la page comme une
forcenée, j’ajoutai diverses licences sur Paris pour finir, à 23h58, par
supprimer tous ces ajouts de dernière minute. Car de toute façon, et c’est ce
que je me suis dit à ces deux minutes et quelques secondes de l’échéance, il
est inutile de mettre des vœux dans lesquels je n’irai jamais, par simple
crainte du "et si je ne suis prise nulle part ?", inutile de monopoliser
les places d’élèves qui souhaitent, eux, vraiment intégrer ces doubles-licences
sélectives. Je n’ai donc laissé que les hypokhâgnes et les facs de droit, d’histoire
et de LEA, et au diable la psycho, socio, les sciences politiques et
économiques. Puis… sciences ÉCONOMIQUES, sérieusement ?
Je me demande encore ce qu’il m’a pris.
Mais
en fait fin mars, c’est déjà le début d’une longue aventure.
dimanche 16 décembre 2012
C'est un parfum doucereux de fin d'année
Décembre cette année c’est un peu l’anarchie
que je n’avais pas vue arriver... un bac blanc à réviser, des cadeaux à acheter
et un concours à essayer de préparer, décembre je t’aime toujours mais pourtant tu ne me
le rends plus aussi bien que tu en avais l’habitude avant. Avec toi désormais je
crains qu’il ne faille toujours se hâter et ne plus prendre le temps de rien,
alors comme je m’y attendais j’ai un peu perdu le goût d’écrire mais je sais
que ça va revenir, sûrement de la manière la plus violente et la plus fortuite car tout revient toujours, certes pas nécessairement de la façon douce et plaisante qu’on espère, mais en attendant ce retour-là, un silence vaut parfois mieux que tous
les mots du monde.
mardi 6 novembre 2012
Danse macabre
Retrouver la force de ses convictions
« "Parfois,
le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu
modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne.
Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme
elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois,
comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l’aube.
Pourquoi ? Parce que cette tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs,
sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d’autre. Elle vient de
l’intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer
délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d’empêcher
le sable d’y entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il
n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repères dans l’espace ;
par moments, même le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin
comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de
sable que tu dois imaginer."
C’est
comme s’il tatouait ces mots sur mon cœur, avec une encre d’un bleu profond.
"Et
c’est un fait, tu vas réellement devoir traverser cette violente tempête. Cette
tempête métaphysique et symbolique. Mais, si symbolique, si métaphysique
qu’elle soit, ne te méprends pas : elle tranchera dans ta chair comme
mille lames de rasoir affûtées. Des gens saigneront, et toi aussi tu saigneras.
Un sang chaud et rouge coulera. Tu recueilleras ce sang dans tes mains ;
ce sera ton sang, et le sang des autres.
Une
fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser,
comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr, en fait, qu’elle
soit vraiment achevée. Mais sois certain d’une chose : une fois que tu
auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même." »
H. Murakami
J’ai
toujours les souvenirs fantômes de ces quelques espoirs brisés, empalés, vides, que je
porte partout où je vais sans parvenir à m’en défaire. Toujours. Ils sont là,
présents, silencieux, et pour être honnête, je les sens par intermittences. Ce
sont des images, en elles-mêmes muettes, noires, incarnations de cauchemars indécis
et indicibles sur lesquels je ne parviens pas à mettre le plus simple
mot ; des vagues cristallines qui, laissant grésiller leur écume dans ma
gorge, reviennent clapoter tout doucement contre les parois qu’elles y trouvent ;
mémoires, ainsi, d’un passé que j’ai voulu oublier et souvenirs à mes yeux plus
qu’indésirables. Alors j’ai tenté de les ignorer mais ça n’a pas marché ;
rien ne marchait plus, en fait ; alors, l’autre fois, nouvelle
tentative ; désespérée comme je l’étais, je les ai tous rassemblés dans un
coin de mon cerveau, sévèrement, et puis là, j’ai tenté de les propulser au
loin comme on jetterait un cadavre frais dans un lac, de toutes ses forces,
parce qu’on ne sait pas quoi en faire mais qu’on veut en débarrasser sa
conscience et en éliminer toute preuve tangible de son existence, vite, le plus
vite possible ; et parce qu’on veut tout simplement effacer ses erreurs.
Parce qu’on ne sait pas pourquoi on le fait, ou qu’on ne sait plus en fait, ou qu’on
ne sait rien mais qu’on le fait quand même, sans s’obstiner à en chercher quelconque
raison – pourquoi en chercher une,
hein, quelle serait l’utilité ? Donc on le fait, froidement, on agit, sans le
moindre scrupule mais baigné de ces illusions que la réalité triomphante et
despotique fait, à sa guise, voler en éclats lorsqu’elle surgit : c’était en effet me méprendre sur moi-même que de croire pouvoir tout effacer d’un
coup de baguette. Étant autre je pensais être heureuse, enfin, heureuse, vraiment,
débarrassée de tout souci puisque n’ayant plus à me confronter à moi-même et,
pourtant, la froide préméditation de l’acte n’a conduit, témoin de la vacuité
de celui-ci, qu’à son échec le plus cuisant – c’est ce dont je me suis aperçue
une nouvelle fois encore, ce lundi matin, dans le train de six heures
quarante-quatre qui m’emmenait à Paris. Il était tôt pour un matin de
vacances ; et il faisait bien froid au-dehors, puisque le nuage glacé
mais poudreux de buée, apposé juste devant mes yeux, obscurcissait encore un
peu plus cette vitre taguée déjà rendue opaque par la poussière. Tête
étrangement droite, buste raidi, jambes croisées, je scrutais les passagers
inconfortablement engoncés dans leur siège de simili cuir, somnolents, blottis
et serrés les uns contre les autres, propageant ce rayon de chaleur humaine,
bestiale et réconfortante ; semblables, en quelque sorte, à ce bétail
qu’on amène à l’abattoir de bon matin, même œil vitreux et même mine déconfite,
cernée, blasée, aux traits mis en évidence par la lueur dégoulinante de la
noirceur des derniers instants de la nuit qui tombait sur le wagon, légère,
fugace et mouvante ; illuminant tour à tour tel ou tel visage ou creusant
les ondulations sombres de celui-ci.
Alors
j’ai inspiré, expiré, fermé les yeux, et ce fut un noir d’encre absolu, sans
les petites étoiles habituelles, un noir dans lequel choses et personnes se sont mises
à quand valser, quand osciller vertigineusement autour de moi en une sorte de
farandole infinie, en une sorte de danse macabre, angoissante, fantasmagorique,
au sein de laquelle tout se confondait, m’agressait et m’assaillait ; chimères,
réalité, irréel, rêve, train, passagers, maisons de l’au-dehors, lueurs
pourpres entr’aperçues à la jonction de deux voies : c’était si
horriblement bruyant, vibrant... et réel. Puis tout s’est peu à peu effacé en
un soubresaut unique, estompé en un tissu vague, lointain, que je ne pouvais
toucher, tout est redevenu silencieux, désert, oublié, et je me suis réveillée
d’un bond à l’arrivée à la Gare de Lyon, glissant presque de mon siège, les
doigts tremblants agrippés à mon écharpe – ce
n’était qu’un rêve, un rêve à la con, me suis-je assurée en me mêlant à la
foule sur le quai.
Et
pourtant tout allait mieux qu’avant.
samedi 6 octobre 2012
Welcome back
Si
je vous avouais que revenir hanter ce blog déserté faisait partie, début
septembre, de mes bonnes résolutions de rentrée vous auriez en toute légitimité
le droit et le devoir de me dire que j’ai, pour le coup, sacrément merdé –
voilà pourquoi je ne vous dirai rien de tel, si ce n’est que je me sens tout à
fait étrange de revenir écrire ici, à cet endroit, un mois après en être partie :
je me sentirais presque trop seule.
Ce
que je peux vous dire bien plus librement, en revanche, c’est à quel point le
temps est passé vite ce mois durant. Je n’ai pas vu les jours défiler et
pourtant paf, en l’espace de quatre
misérables semaines les habitudes ont repris leur cours – j’ai retrouvé
les choses qui m’avaient manquée comme celles que je désirais pour le moins du
monde revoir. J’ai retrouvé les joies de la dissertation et des synthèses d’éco
(parce que pour tout vous dire je fais partie de ces vrais masochistes en
spécialité sciences politiques), me suis mise au yoga, découvert la littérature
russe que j’adore pour l’instant, commencé à remplir le dossier de la prépa Pipo,
presque arrêté les pains au chocolat à la cafète du lycée tous les matins et
puis, un lundi, bam, j’ai eu dix-sept
ans. Ça n’a l’air de rien dit comme ça – même qu’il pleuvait ce jour-là, je me
souviens, pourtant j’étais heureuse puisque c’était un jour comme je les aime, gris,
orageux et menaçant : j’étais heureuse simplement parce que tout le monde
la déteste profondément, cette pluie-là qui vous gâche la journée et vous
trempe jusqu’aux os de la façon la plus glaciale qui soit. Quel meilleur
spectacle sociologique, en effet, que celui, matinal et jubilatoire, offert par
ses trente-six congénères tirant la gueule en plein cours d’histoire sur les
mémoires de la Seconde Guerre Mondiale et proférant à ce propos un florilège de
réflexions non dénuées de stupidité dont je vous rapporte ce soir (juste pour
vous) la substantifique moelle par le biais d’extraits dûment sélectionnés ?
"Qu’est-ce
qu’on se fait chier, quand même"
"Grave
gros. Et putain, en plus j’ai trop faim"
"Moi
aussi ! ça sonne à quelle heure ?"
"25.
Mais hé, regarde, la prof elle a des auréoles"
"Baaaahh,
comment elle transpire, je savais bien qu’elle était dégueulasse..."
"Ah
nan mais ouais. Lycée de merde, profs de merde de toute façon"
"Tellemeeent.
En plus il pleut sa mère, je vais friser"
"Oh
mais ouais c’est trop ça pour moi aussi"
Constat du
jour bonjour : si en lui-même l’être humain est décidément affligeant de
prévisibilité ce n’est qu’en troupeau que suinte enfin à sa guise l’essence
de sa stupidité. Principe cumulatif, je suppose : un abruti + un abruti =
toujours plus d’abrutis – et même si moi je suis le compteur parmi tout ça j’ose
espérer que cette somme ne tende pas vers l’infini. L’espoir fait vivre, qu’ils
disent les autres.
Ce
qui me ramène à mon bilan of the month :
alors que je m’étais promise comme chaque année les mêmes conneries – à savoir,
arrêter de faire ma langue de pute envers mon prochain et réfréner un peu mes
élans misanthropes – il s’avère que c’est, une fois encore, un échec monumental
– je devrais au passage vraiment arrêter de tout lister. Libres à vous de me
dire, en lisant cela, que je l’ai cherché, je ne nierai pas car vous avez
raison ; au fond, c’est bel et bien moi le problème mais je le vis bien et
puis je fais semblant, je m’adapte à la
population : je n’ai pas toujours été une fervente adepte de la
théorie de Darwin pour rien. Ce n’est pas vous qui vous amusiez, petit, à
élaborer des schémas de l’évolution de vos camarades en imaginant à quoi ils
ressembleraient dix ans plus tard et en tentant de déterminer quels seraient
ceux qui crèveraient les plus jeunes car ils n’auraient pas su s’adapter à leur
environnement ; c’est moi. À ce sujet parfois je me demande comment je
peux être à la fois aussi horrible et aussi compatissante – les extrêmes s’attirent,
dit-on ; en l’occurrence, ils s’attirent tous deux réunis en ma
personnalité – pourtant peut-être qu’en vérité je ne vaux vraiment pas mieux qu’une
autre. Peut-être que je ne suis qu’un grain de sable dans l’univers – et au
final ce n’est pas un ‘peut-être’ c’est même un ‘tout à fait probable’, je le
sais – mais le genre de grain de sable qui à défaut d’avoir en sa
possession les moyens physiques de vous refaire le portrait au marteau-piqueur s’arrangerait
du moindre coup de vent pour venir vous piquer férocement et joyeusement l’œil.
Retenez ça comme retenez une autre chose : je suis de retour dans la
partie, et qui plus est plus en forme que jamais.
mercredi 5 septembre 2012
Apocalypse
Apocalypse... ou le mot qui pourrait
caractériser ma chambre à l’instant où je vous parle : dans un coin, un
esprit qui s’éveille et un corps qui fourmille de brusquerie, dans l’autre, un
épais flot de feuilles amoncelées à même le sol et des classeurs à bras le
corps – et puis, au milieu de tout ça, un petit moi qui profite, seule, de ses
dernières heures de liberté comme elle le peut. À défaut de briller par sa
joyeuseté septembre est le mois de l’introspection et de la déprime, le mois
des feuilles mortes et du vent qui s’installe, le mois de... beaucoup de
choses : on entame et renouvelle ses inscriptions, on recommence à bosser
et on retrouve des têtes connues ou inconnues dans la joie et la bien évidemment
mauvaise humeur. Je suis une fille de l’automne mais je n’ai jamais aimé
septembre et l’espèce d’effervescence agaçante qui s’en dégage chaque
année – c’est comme si l’on était obligé de se montrer
enchanté à la perspective de retourner à cette vie active qu’on a laissée de
côté deux mois plus tôt. J’aime l’été et sa torpeur insondable, ses crépuscules
tardifs noyés par un soleil encore de plomb, et quand septembre redevient pour
moi le labyrinthique mois de la submersion annoncée j’en viens, inévitablement,
à regretter mes vacances et leur tranquillité si rassurante.
Ça irait si toutefois ces sentiments-là
n’étaient pas amplifiés par le fait d’entamer sa dernière année de lycée. On m’a
décrit la terminale comme une année butoir, hantée par le début des emmerdes,
des dossiers et par l’angoisse du post-bac – sujet à propos duquel je me
pose déjà des questions de temps à autre histoire de me faire peur et parce que
j’ai besoin de me remuer davantage que je ne consentirai à
l’admettre. Alors dans quelques heures je serai de retour dans mon lycée
comme si de rien n’était ; j’entamerai ma dernière année de bons et loyaux
services et puis je retrouverai la même classe, les mêmes professeurs, la même
nourriture immonde du self, les mêmes couloirs poussiéreux et la même ligne de
bus bondée du soir. Je sourirai à ces personnes que je ne reverrais peut-être
plus jamais de ma vie l’année suivante et je ferai, donc, comme si de
rien n’était, puisqu’il semblerait que ce soit le maître-mot de la
rentrée. Il faut ménager l’orgueil de tout un chacun...
Ou peut-être bien que je ne leur
sourirai pas.
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